Antigone14

  • Salomé

    Oscar Wilde

    Oui, je baiserai ta bouche, iokanaan.
    Je te l'ai dit, n'est-ce pas ? je te l'ai dit ? eh bien, je la baiserai, maintenant. mais pourquoi ne me regardes-tu pas, iokanaan ? tes yeux qui étaient si terribles, qui étaient si pleins de colère et de mépris, ils sont fermés maintenant. pourquoi sont-ils fermés ? ouvre tes yeux ! soulève tes paupières, iokanaan. pourquoi ne me regardes-tu pas ? as-tu peur de moi, iokanaan, que tu ne veux pas me regarder ? .
    Et ta langue qui était comme un serpent rouge dardant ses poisons, elle ne remue plus, elle ne dit rien maintenant, iokanaan, cette vipère rouge qui a vomi son venin sur moi. c'est étrange, n'est-ce pas ? comment se fait-il que la vipère rouge ne remue plus ? tu m'as dit des choses infâmes. tu m'as traitée comme une courtisane, comme une prostituée, moi, salomé, fille d'hérodias, princesse de judée ! eh bien, iokanaan, mois je vis encore, mais toi, tu es mort et ta tête m'appartient.

  • « Dans une société où les maris sont la nuit si occupés par le vin et les danseuses, les femmes devaient fatalement se rapprocher et trouver entre elles la consolation de leur solitude. De là vint qu´elles s´attendrirent à ces amours délicates, auxquelles l´antiquité donnait déjà leur nom, et qui entretiennent, quoi qu´en pensent les hommes, plus de passion vraie que de vicieuse recherche.

    Alors Sapphô était encore belle. Bilitis l´a connue, et nous parle d´elle sous le nom de Psappha qu´elle portait à Lesbos. Sans doute ce fut cette femme admirable qui apprit à la petite Pamphylienne l´art de chanter en phrases rythmées, et de conserver à la postérité le souvenir des êtres chers. [...] elle nous a laissé en une trentaine d´élégies l´histoire de son amitié avec une jeune fille de son âge qui se nommait Mnasidika, et qui vécut avec elle. Déjà nous connaissons le nom de cette jeune fille par un vers de Sappô où sa beauté est exaltée : mais ce nom même était douteux, et Bergk était près de penser qu´elle s´appelait simplement Mnaïs. Les chansons qu´on lira plus loin prouvent que cette hypothèse doit être abandonnée.[...] Le jour où elle cessa d´être aimée, elle cessa d´écrire, dit-elle. Pourtant il est difficile d´admettre que les chansons de Pamphylie aient été écrites à l´époque où elles furent vécues. Comment une petite bergère de montagne eût-elle appris à scander ses vers selon les rythmes difficiles de la tradition éolienne ? On trouvera plus vraisemblable que, devenue vieille, Bilitis se plut à chanter pour elle-même les souvenirs de sa lointaine enfance... » Pierre Louÿs.

    Constantine, août 1894.

    Bilitis est également le titre du premier film de David Hamilton

  • Par l'auteur de Narnia et de la Trilogie cosmique, six fictions inédites destinées à un public adulte. 2 romans inachevés :
    - La Tour noire (106 p.) : l'invention du Pr. Orfieu, le chronoscope, qui permet de voir à travers le temps, finit par mettre en contact notre monde avec un monde parallèle, autrement sauvage - et voici que, venu de cet Autre-temps, un Homme-dard s'introduit dans notre monde...
    - Dix ans après (12 p.) : la chute de Troie et les retrouvailles avec Hélène vues par les yeux guerriers de Ménélas ; le spectacle est grandiose et cruel mais... Hélène est-elle bien Hélène ? 4 histoires courtes :
    - L'homme qui n'avait jamais vu (8 p.) : un aveugle de naissance subit une opération et voit ; sa recherche obsessionnelle de ce qu'est réellement la lumière finira par le perdre...
    - Au pays de pacotille (12 p.) : un homme se trouve transporté dans l'esprit d'une jeune femme et voit le monde avec ses yeux... un monde fort différent...
    - Anges en mission (18 p.) : un vaisseau se pose sur Mars ; en descendent des femmes que la Terre a décidé d'envoyer en « soutien moral » (et plus !) aux hommes qui s'y trouvent en mission longue durée - mais les effets ne seront pas ceux escomptés...
    - Des formes dans l'inconnu (14 p.) : les trois premières missions sur la Lune se sont soldées par la disparition subite des équipages ; la quatrième trouvera-t-elle là-haut quelque chose de mortel pour l'homme ? Une sorte d'Alien avant l'heure...

  • Dans cette édition revue et augmentée de son fameux Conduire sa barque, l'auteur de Terremer invite ses pairs écrivains et storytellers à partager sa double expérience d'auteur unanimement célébré et de meneuse pédagogue et engagée d'ateliers d'écriture.
    Les dix chapitres abordent l'ensemble des grands piliers de la technique de l'écriture : sonorité du langage, ponctuation, longueur et structure des phrases, adjectifs et adverbes, temps des verbes, points de vue narratifs, dire et suggérer, et bien d'autres encore.

  • Dans ces douze essais dédiés à l'art d'écrire, Ray Bradbury le confirme : non content d'être l'un des auteurs les plus originaux et les plus novateurs du xxe siècle, il est également l'un de ceux qui a le plus cherché à partager son bonheur d'écrivain et à transmettre ce qu'il considérait comme les clefs les plus essentielles de son exceptionnelle créativité.
    Prodiguant conseils et recommandations pratiques en référence constante à son propre cheminement, l'auteur de Fahrenheit 451 s'adresse à tous les écrivains, débutants ou confirmés : comment libérer sa créativité ? Comment accéder à sa propre richesse intérieure ? Comment la laisser s'exprimer sans la brider, la déformer, la tuer ? Bradbury propose sa méthode, l'illustre de sa propre expérience, et montre la voie. Une voie peu conventionnelle, mais quelle énergie, quel rythme, quelle géniale et inimitable simplicité !
    Ces essais, c'est aussi le spectacle merveilleux de la genèse et de l'accouchement de bien des oeuvres de Ray Bradbury. Aux amoureux de Fahrenheit 451, des Chroniques martiennes, de la Foire des ténèbres et de tant d'autres chefs d'oeuvres, ce livre propose un étonnant voyage à bord de la fusée Bradbury, un voyage dans les coulisses d'un monde merveilleux peuplé de pissenlits éternels, de trolleybus brinquebalants et étranges, et de cimetières qu'éclairent d'ombres mouvantes la lune et les étoiles...
    Un livre au ton direct, rafraîchissant, pour tous ceux qui s'intéressent à l'écriture et aux processus créatifs, et pour tous ceux que passionne le génie de Ray Bradbury.

  • Camino real

    Tennessee Williams

    Coincée entre mer et désert, une ville qui pourrait être d'Amérique latine, ses hauts murs et sa plaza. Le Camino Real *, ce chemin de l'existence - mais est-il royal, ou réel ? -, passe par là, et pour certains peut-être s'y achève.
    Dans une fantaisie échevelée et baroque, la plaza s'anime d'improbables et dantesques rencontres où Don Quichotte, Casanova, la Dame aux Camélias, Lord Byron, Esméralda, le baron de Charlus, Kilroy, mythes vieillis et désenchantés, prisonniers d'eux-mêmes et des codes qui ont fait d'eux des héros mais aussi les enferment, tombent le masque et mettent à nu leurs âmes de désespérés. « Où est la sortie ? », implore Kilroy. Chacun cherche sa voie, s'échappe comme il peut. Et vaille que vaille affronte, titubant, burlesque et pathétique, le Camino de la vie...
    Parue et montée à Broadway en 1953, deux ans avant La chatte sur un toit brûlant, Camino Real est l'illustration la plus aboutie du « théâtre plastique » que cherchait Williams, où le « 4ème mur » dégringole et où le spectateurlecteur est emporté dans une fantasmagorie mi-burlesque mi-tragique, une farce où mots, musique, bruitages, jeux de lumières, danses et cavalcades sont autant de moyens mis au service de la révélation d'une vérité intérieure.

  • Maria Chapdelaine

    Louis Hemon

    C'est un roman sans héros : juste des personnages. C'est un roman sans emphase : juste un récit. C'est le roman des racines, qui n'ont ni la gaie couleur des fleurs, ni la majesté onduleuse des frondaisons, ni l'élancement des fûts puissants. mais qui, dans la forêt obscure et la lointaine histoire de ces Canadiens français, dessinent pour une Maria allégorique une raison de vivre, une raison d'être, une raison de prendre le relais de ceux de sa race, comme dit Hémon, dans leur patiente et endurante marche vers un but auquel, librement, ils se soumettent, comme on se soumet à une évidence que l'on ne comprend pas très bien, mais évidence quand même car enfantée et nourrie par tant de générations qui, passées et disparues, vivent encore dans ce halo, ce substrat, cette matière noire de l'Homme, invisible et impalpable, sans quoi rien n'existerait, rien ne résisterait aux vents de la vie : nos racines.
    Louis Hémon a 32 ans et vit depuis vingt mois au Québec quand il achève Maria Chapdelaine en juin 1913. Mort accidentellement peu de jours après, ce non conformiste né à Brest, élevé à Paris, qui à peine libéré de ses obligations militaires a choisi de quitter et sa famille et la France, ne verra ni l'immense succès de son roman, ni la place éminente que lui réservera un Québec heureux de trouver en lui l'un de ses plus emblématiques hérauts.

  • Été 1943. Une base des Marines dans le sud des États-Unis, son hôpital, son service d'urologie. Les patients ? Des vénériens. Pas si innocents que ça, donc, pour le cdt de l'hôpital, le capitaine Budwinkle, moralisateur et paternaliste, et le Dr Glanz, médecin-chef vicieux et incompétent, tenants d'un ordre social et moral dont ces déviants dont ils ont la charge font vaciller les piliers - mariage, fidélité, hétérosexualité -, justifiant l'oeil soupçonneux d'une hiérarchie qui juge autant qu'elle soigne.
    Arrive Magruder, jeune Marine dont la syphilis vient d'être diagnostiquée par Glanz. Avec Clark, noir brisé par le racisme, et antisémite, Schwartz, juif humaniste en quête de rédemption, Stancik, immigré européen qu'obnubilent le sexe et les filles, le service prend des allures de condensé d'Amérique. Et loin des canons, d'autres guerres éclatent...

  • Sésame et les Lys

    John Ruskin

    Le texte de Ruskin a 150 ans. L'abord en est aride.. Mais dans ces conférences sur le rôle de la lecture et sur l'éducation des filles, le cours paisible des premières pages enfle vite sous le vent de la révolte et de l'imprécation : esprit national, christianisme, capitalisme, dans Sésame rien ne va plus. Et dans les Lys, c'est la place et le rôle des femmes qui est en jeu. Exaspéré, Ruskin lance l'anathème, apostrophe le public, secoue les consciences : c'est Indignez-vous ! avec un siècle et demi d'avance. Le texte de Proust a 100 ans. L'abord en est délicieux. Dans le miroir ruskinien, Proust décante, théorise et prépare son grand oeuvre, sa propre révolution romanesque, dans une préface et des notes où déjà opère cette fusion parfaite de la profondeur du regard et de l'aérienne et serpentine finesse de l'écriture.
    John Ruskin, personnage central de l'histoire de l'art de l'Angleterre victorienne et penseur aux idées sociales progressistes, est mort en 1900. C'est six ans plus tard que Marcel Proust, sur les pages laissées blanches d'un Jean Santeuil inachevé, livre cette vaste note de lecture où se dessine une pensée artistique dont la Recherche marquera l'éclatant aboutissement.

  • Une grande et étrange maison, un parc, une grille résolument fermée : c'est dans cet univers clos que vit Isabelle, 26 ans, suivie comme son ombre par Léo, son seul compagnon. Isabelle observe et décrit la vie de la maison et de ses habitants. Tout semble normal.
    Normal ? Pas si sûr.
    Car peu à peu le doute s'installe : qui sont-ils, cette mère qui terrorise Isabelle et règne sans partage sur la maisonnée ? ce Léo, qui ne parle ni ne répond jamais ? ces personnages, dont Isabelle cherche à se débarrasser, et qu'à coup de manigances elle finit par éliminer ? Et pourquoi ces barreaux aux fenêtres de sa chambre ? Qui donc est Isabelle ?
    Le cours des événements s'accélère, les choses se précisent : Isabelle s'enfonce dans sa folie, le monde autour d'elle chavire. Hallucinée, ne va-t-elle pas, dans un saisissant renversement, elle qui jadis nourrissait d'insectes un petit lézard, devenir à son tour le festin du Lézard ?

  • Partant d'un constat pessimiste sur la situation actuelle en matière d'action contre le changement climatique, David Keith, du MIT, spécialiste de la très controversée ingénierie climatique, présente une technologie novatrice et peu coûteuse de réduction rapide des effets de l'ensoleillement par la dispersion dans la stratosphère de particules de dioxyde de soufre, permettant de renvoyer dans l'espace, par réflexion, une partie des rayons solaires.
    Puis, rappelant que les plus pauvres seront les premières victimes des prévisibles ravages d'un réchauffement d'abord provoqué par les plus riches, il explique pourquoi il s'oppose à ceux qui refusent toute idée même de recherche sur ces technologies qui permettraient pourtant - d'après lui - d'avoir une action rapide sur la température sur terre, complément nécessaire à une réduction des émissions de gaz à effet de serre dont les effets ne se feront sentir que dans un lointain futur. Constatant l'échec des arguments « utilitaristes » en vigueur (menaces sur la production alimentaire, sur la disponibilité en eau, opportunités économiques liées à la transition énergétique.) il propose de remettre au centre du débat les questions de valeurs et de morale humaine, seules à même selon lui de réellement faire changer les comportements dans le sens d'un plus grand respect de la nature.

  • Le Peuple de la mer

    Marc Elder

    Ils sont de Noirmoutier, des Sables, de Saint-Nazaire. Pêcheurs, matelots, sous-mariniers, ils sillonnent et labourent la mer, comme d'autres labourent et sillonnent la terre, mais ce qu'ils y arrachent se paie à vie d'homme. L'Océan chaque jour prend le petit peuple des marins au creux de sa main, onduleuse et profonde comme la houle, et chaque jour aussi il la referme et y retient, au hasard des tempêtes et des courants, muet et impassible sphinx, son tribut de fils, de maris, de pères, que l'attente obsédante de ceux qui sont restés à terre ne ramènera plus. Et puis il y a les femmes, souvent sagesse, parfois sirènes, et puis les barques et les autres pêcheurs, les querelles où s'étalonnent les fiertés et se construisent les rancoeurs, et puis toujours et partout, il y a la mer, et tout cela emporte les hommes dans un grand charivari dont ils ne maîtrisent rien. Mails ils luttent, contre tous et contre tout, portent haut leur pavillon d'orgueil, et s'ils n'atteignent que rarement la sagesse, c'est que chez ce peuple de la mer elle n'est qu'un des visages de la résignation.
    Marc Elder n'a pas 30 ans quand son Peuple de la Mer emporte le prix Goncourt 1913, année du Grand Meaulnes et de Swann. Né à Nantes, critique d'art, conservateur du château des Ducs de Bretagne, Marcel Tendron - son vrai nom - est mort en 1933.

  • Ils sont 4 chez les Doucet : le père, velléitaire et violent, parce que faible, la mère, autoritaire et manipulatrice, Gérard, le petit frère, vers qui seul vont les attentions, et Sophie sa grande soeur, à qui sa mère voue une haine féroce et destructrice, et qui observe et tente de comprendre ce monde étrange qu'elle doit apprendre à apprivoiser.
    Au gré des métiers successifs du père - braconnier, épicier, gardien de square. - et de la carrière intermittente d'enseignante de la mère, nous suivons, avec Sophie, les pérégrinations et tribulations de la famille, de Grenoble au petit village de Brulefart, perdu dans la Drôme profonde et peuplé de caractères truculents et inquiétants, puis à Avignon, où les soubresauts de la vie familiale s'enchainent, avec pour décor un voisinage omniprésent, vaste galerie de portraits aussi savoureux que, pour beaucoup, tristement réels.
    Derrière cette chronique sur le vif d'une France rurale et provinciale des années 60, se dessinent en filigrane les méandres cruels et douloureux de la relation d'une petite puis jeune fille avec un entourage familial féroce, humiliant et parfois sadiquement pervers, qui la laisse désespérément seule face à l'apprentissage du monde. Même l'amour, que croisera Sophie, en sortira vaincu - mais pour un temps seulement.

  • Pleine, la planète ?

    Ian Goldin

    Notre planète a-t-elle la capacité de supporter le poids d'une population encore accrue, d'ici 2050, de quelques milliards d'êtres humains, alors que l'atmosphère, les océans et, plus généralement, l'ensemble des ressources et écosystèmes sont déjà en situation de tension extrême ? La Terre serait-elle pleine ?
    10 scientifiques de renom, pour la plupart issus de l'Université d'Oxford, abordent, chacun au travers du prisme de sa propre spécialité (économie, démographie, géologie, santé publique, institutions.), la question de la durabilité des niveaux de population que l'on connait actuellement et, surtout, que l'on anticipe pour les décennies à venir.
    L'approche multifacette met de la perspective, pousse de nouvelles portes, oppose les faits aux idées reçues : à certains égards, oui la Terre est pleine, mais de manière inégale, et rien n'est perdu : ce que l'Homme a fait il peut le défaire, ou l'améliorer - mais le temps presse.

  • Chajnantor

    Patrick Lehébel

    Nous sommes en 2030. Le radiotéléscope de Chajnantor, dans la cordillère des Andes, détecte un message en provenance d'une planète située hors du système solaire, un message d'origine humaine.
    Commence alors la narration d'une histoire de la Terre et des Hommes, couvrant une période allant de 2084 à 3427, date présumée de l'extinction de l'espèce humaine. Cette période, qui commence avec la naissance du narrateur, verra le monde actuel s'effondrer sur lui-même, dans les guerres et les dérèglements climatiques, puis renaître, sous la forme quelque peu orwellienne d'une humanité globalisée, avançant à tâtons, sous la houlette d'un gouvernement mondial désincarné, sur la voie des manipulations génétiques et d'une (pseudo-)immortalité, la survie de l'espèce finissant par ne plus reposer que sur un seul et unique homme fertile, et sur un vaisseau spatial envoyé en éclaireur dans l'immensité de l'univers.
    Si le message a été reçu, pourquoi le futur a-t-il été ce qu'il a été ? À Chajnantor, les auditeurs de cet extraordinaire message s'en rendront compte trop tard.

  • Le livre de comptes

    Alain Audebeau

    Dans le petit cimetière de Révignac, en Saintonge, la terre retombe lourdement sur le cercueil d'André Joubert. André, c'est le père de Nathalie, la dernière des Berthoumet, cette famille de forgerons et de quincaillers qui fit fortune au village voisin, à Montières, entre 1860 et 1930, avant de retomber dans l'oubli.
    Avec André, c'est un peu ce qu'il reste de la mémoire des Berthoumet qui s'en va. N'est- ce pas dans sa propre maison que le premier de la lignée, Achille, en lutte avec son propre fils, Alexis, pour le coeur d'une belle, s'est pendu d'amour et de dépit, en 1890 ? C'est du moins ce que prétend Auclaire.
    Car il y a l'autre mémoire des Berthoumet, celle d'Auclaire, l'écrivain. Découvrant un jour, au fond d'un grenier, le Livre de Comptes où, trois générations durant, les Berthoumet ont laborieusement tenu la petite chronique de leurs affaires et du temps qui passe, il s'est mis en tête de sortir cette famille de l'oubli, tissant, sur la trame de ces fragments de réalité surgis des pages jaunies du Livre de Comptes, de larges bandes d'une vie inventée.
    Est-ce la maladie, cette « mémoire qui s'efface », qui fait qu'Auclaire ne distingue plus, parmi ces ombres du passé, les êtres réels de ceux qu'il a créés ? Ou est-ce que, après tout, ils n'ont pas bel et bien existé, eux aussi ? Auclaire s'enfonce dans ses rêves. et nous y emmène. La vie est décidément un drôle de conte.

  • CE LIVRE : - PROPOSE UNE INTRIGUE ROMANESQUE AMPLE ET COMPLEXE TOTALEMENT FONDUE DANS UN CADRE HISTORIQUE DONT LES PERSONNAGES SONT DES ACTEURS DIRECTS (ÉCHAPPE AU PIÈGE DE L'INTRIGUE « PLAQUÉE » SUR UN FOND HISTORIQUE RÉDUIT AU SEUL RÔLE DE DÉCOR) - PRÉSENTE DES PERSONNAGES AUX CARACTÈRES BIEN APPROFONDIS, QUI INTERVIENNENT DANS DES TABLEAUX CONSTRUITS DE MANIÈRE TRES PRÉCISE ET VIVANTE, LA FICTION ET L'HISTOIRE RÉELLE Y GAGNANT L'UNE COMME L'AUTRE EN FORCE ET EN INTENSITÉ DRAMATIQUE - OFFRE SUR UNE SUCCESSION D'ÉPISODES HISTORIQUES RÉELS UN POINT DE VUE TRÈS RIGOUREUSEMENT DOCUMENTÉ (CF, EN NOTE, UNE LISTE DES SOURCES TRÈS COMPLÈTE), FAVORISANT L'ADHÉSION DU LECTEUR

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